mercredi 11 mai 2022

La mort

Elle avait pris cette fois la forme d'un bagnole roulant à vive allure. Moi, peinard sur mon scooter. Voici exactement un an, la grande faucheuse est venue m'inviter à sa table. J'ai hésité, puis j'ai poliment décliné, lui expliquant qu'il me restait des devoirs à accomplir. Avec un sourire sans joues, presque familier, elle a accepté de patienter, me recommandant de me dépêcher, car le temps était compté. Je me suis exécuté. A la tâche, j'ai trié dans les cartons du dernier déménagement ce qui valait d'être emporté. Il n'y a pas grand chose en fait. Un couteau forgé par un grand-père. Une bille en argile de la cour de récré vieille d'un demi siècle. Un caillou ramassé sur une plage laminé par les millénaires. Et j'ai soudain compris qu'elle avait toujours été là, cette vilaine, à menacer mon insouciance de sa fatale bienveillance, à me chuchoter depuis mon premier cri que pour aller loin, il fallait n'emporter que l'essentiel

vendredi 8 avril 2022

Digestion

Votera, votera pas ? Pour quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Au pays de la bonne bouffe, les Français se tâtent un peu comme au restaurant ou au rayon des promotions alimentaires du jour : qu’est-ce que je vais bien pouvoir choisir. Trop gras, salé, sucré, pas assez épicé, nutri-score déplorable, importé du bout du monde avec une empreinte carbone invraisemblable. Et puis il y a la couleur : trop bleu ou blanc, pas assez rouge ou vert, excessivement brun… Et puis est-ce qu’on va en avoir pour notre argent ? Eh oui, l’addition du resto ou la facture des courses, c’est comme une campagne électorale : c’est nous qui finançons. Payer tout ça sans rien manger, quand la moitié de la planète crève de faim démocratique, ça serait pas un peu cracher dans la soupe ? Après, l’important dans le choix de ce qu’on avale, c’est ce qu’on est en mesure de digérer.

lundi 7 mars 2022

Chapeau l'artiste

Ici ou là sur les réseaux sociaux, les reproches faits au président ukrainien Volodymyr Zelensky – « Il en fait trop », « il joue un rôle », « c’est de la comédie » – montrent bien qu’avoir été artiste reste une tache en politique. On en oublierait presque dans cette société de la mémoire courte combien la liste est longue : Ronald Reagan, Arnold Schwarzenegger, Gilberto Gil, Nana Mouskouri, Peter Garrett (le leader du groupe de rock australien Midnight Oil), Beppe Grillo… Et en France, si un camion n’avait pas croisé sa route entre Cannes et Opio le 19 juin 1986, Coluche aurait pu y figurer en première place. Au moment où les Restos du cœur soutiennent les réfugiés ukrainiens, la boucle est bouclée et on peut se poser une question : et si l’artiste était l’avenir de l’homme ?