vendredi 21 septembre 2012

Ostentatoire

L'interdiction du voile et de la kippa... Et pourquoi pas celle de la Rolex, des Ray-Ban et de l'iPhone 5 ?

Cela dit, l'humanité a toujours eu un problème avec les signes ostentatoires. C'est peut-être même ce qui la définit le mieux. Dès que l'homme a eu l'idée d'utiliser les peaux des bêtes qu'il mangeait pour se vêtir, ils s'est mis à y accrocher des dents, des griffes ou des coquillages pour se distinguer de ses semblables.

Se montrer différent, graver sa vérité dans la pierre, l'imprimer sur du papier, la crier devant la foule, la diffuser sur les ondes... L'homme s'affuble souvent de babioles et de fables, car il est ostentatoire.

L'homme ostentatoire. C'est un peu sa façon de masquer le manque de fond en croyant sauver les apparences : la forme faute de fond, l'image privée de contenu, le vide derrière l'écran. Les signes extérieurs ne sont que la face émergée de l'iceberg du vide intérieur.

D'où ma conviction que tout être humain normalement constitué devrait se contenter de rester invisible.

Mais comme j'ai davantage de doutes que de certitudes, je me pose beaucoup de questions. Dont celle-ci : interdire certains signes ostentatoires, est-ce pire que d'en imposer d'autres ?

Car oui, ça existe, le port obligatoire d'un signe ostentatoire : l'uniforme sous les drapeaux, la tenue dans les prisons ou le costume dans certains établissements d'enseignement.

Un jour, même, des hommes ont eu l'idée d'imposer à d'autres le port d'un signe ostentatoire. C'était une étoile. De couleur jaune. J'espère que ceux qui demandent aujourd'hui l'interdiction du voile et de la kippa n'ont rien à voir avec eux.

Ou alors le font-ils en parfaite connaissance de cause. Juste sans ostentation, pour rester invisibles. Et soudain, ma foi en l'homme invisible s'effondre.

Je vais donc me planquer, rester terré chez moi, n'en sortir qu'en cas d'urgence. Et pour ne pas être reconnu, je vais me masquer. Je sais déjà comment : le port d'un voile, d'une kippa et de Ray-Ban devrait me rendre moins ostensible.

lundi 17 septembre 2012

In no sense

L'Innocence des Musulmans (Innocence of Muslims en VO)... Le titre du nanar qui agite quelques milliers de fanatiques et de médias a été terriblement bien choisi.

L'innocent, c'est celui qui n'est pas coupable des faits qui lui sont reprochés, mais aussi le simple d'esprit, ou encore l'homme dont la naïveté lui permet de réussir son entreprise (aux innocents les mains pleines).

Nous voilà donc en face d'innocents (à quel point fallait-il être niais pour produire une telle daube ?) qui ont trouvé le moyen de provoquer d'autres innocents (eh oui, il existe des habitants sur cette planète qui sont capables de croire qu'une vidéo douteuse circulant sur le web résume la pensée d'une nation) dans un conflit où chacun met en cause l'innocence de l'autre (c'est pas moi le méchant, c'est toi, la preuve)...

Le problème, c'est qu'en général, quand les innocents tranchent, les coupables perdent la tête, même s'ils ont prouvé leur innocence.

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Merci à George Washington pour l'idée du titre de ce billet ("The government of the United States is in no sense founded upon the Christian religion"). Ceux que ça intéresse peuvent lire le billet de Rimbus sur le traité de Tripoli.

samedi 4 août 2012

Hou hou, ha ha

J'imagine le néandertalien voyant passer un invraisemblable troupeau de gibier appeler les membres de son clan par une sorte de cri sonnant comme un hou hou, ha ha.

Mais forcément, ils sont trop loin. Alors il décide de trouver un moyen pour donner à voir la scène aux absents.

Le pouvoir de l'image est effrayant. Une vidéo emporte tout sur son passage, comme un tsunami informatif. Elle dit désormais a des millions d'êtres humains ce qu'ils doivent croire et ce dont ils feraient mieux de douter. Plus efficacement encore que les choses écrites.

Ces images balaient aussi les millénaires qui nous séparent de cette époque où, dans une évolution chaotique, nos ancêtres se mirent à se dresser sur leurs pattes arrières, affranchissant leurs membres supérieurs de la corvée de la balance des deux autres inférieurs pour leur laisser cette liberté précieuse : manger avec les doigts ou tremper ces derniers dans des pigments afin de maculer la pierre de dessins, puis de signes et enfin d'écritures.

Ensuite, des siècles d'évolution permirent à l'espèce de faire tri entre ce qu'il était bon ou mauvais de transcrire. Johannes Gutenberg finit par mécaniser le dispositif, mais l'homme étant souvent illettré et toujours pressé, il ne fallut pas attendre des millénaires pour que la transmission radiophonique puis audiovisuelle s"impose.

Et puis nous voilà, avec nos tablettes, notre écriture tactile, nos systèmes de reconnaissance vocale qui déclenchent la vidéo de nos terminaux portables et leur partage avec nos semblables.

Bref, l'humanité a fait de sérieux progrès : quand on voit passer un invraisemblable troupeau de gibier, plus besoin d'apprendre à dessiner ou à écrire. On gribouille sur nos ardoises ou on prononce le mot qui convient afin qu'elles dessinent la scène à notre place. Ensuite, on clique pour rameuter les troupes. Même plus la peine de gueuler un hou hou, ha ha.