jeudi 7 février 2013

Opposition constructive

C'est drôle de voir la représentation nationale s'écharper en tricolore sur le droit de la famille. Enfin, drôle... pas pour le citoyen et le contribuable que je suis, ça, je ne cesse de le dire.

Non. C'est le père que je suis aussi qui trouve ça drôle. L'obstruction parlementaire (pratiquée avec zèle par chaque camp dès qu'il se retrouve dans l'opposition) témoigne d'une effroyable méconnaissance des principes élémentaires d'éducation.

Je vais faire simple. Une majorité qui se lance dans une réforme est souvent vue par l'opposition comme un gamin irresponsable qui s'apprête à faire une connerie irrémédiable. Dès lors, l'opposition se sentant soudain investie du rôle de parent prudent tire la sonnette d'alarme : "Attention, mon garçon (ou ma fille) t'es en train de faire une grosse bêtise". Quand c'est dit, c'est dit. Est-ce la peine d'en rajouter 5.000 couches ?

Ceux qui ont déjà essayé d'élever des enfants (qu'ils soient homos ou hétéros, je m'en fous) le savent : plus on leur dit qu'ils font une ânerie, mieux ils la font. J'ai compris, pour ma part, qu'après les avoir prévenus solennellement une fois, le plus pédagogique était de les laisser poursuivre afin que, une fois la véracité de la connerie établie après son accomplissement, je puisse leur expliquer comment ils étaient tombés dedans afin que, la prochaine fois, ils réfléchissent davantage avant d'agir. Les enfants se construisent en s'opposant, c'est comme ça.

Bref. Si tant est que ce mariage pour tous soit une connerie, ce que je ne crois pas mais que, dans ma grande mansuétude démocratique, je laisse à d'autres le droit de croire, Mesdames et Messieurs de l'opposition, laissez-moi vous donner un conseil de bon père de famille. Laissez cette majorité faire. Vous aurez beau vous agiter, ça ne changera rien car, comme disait Dédé Laignel en 1981, étant politiquement minoritaires, vous avez juridiquement tort.

Profitez de cette chance que représente le fait de séjourner dans l'opposition : quand on n'est pas aux affaires, on retrouve le temps de réfléchir, de prendre de la distance, d'élaborer un projet, un vrai. L'opposition, c'est un peu comme un licenciement. Ça fait mal, mais on peut en profiter pour faire un bilan de compétences, préparer une reconversion, refaire le monde et prendre son avenir en main.

Et puis après tout, ça n'est pas grave parce que ça n'est pas irrémédiable : si vous avez raison, le peuple éclairé vous confiera les clés du pays dans cinq ans (c'est si peu) et vous aurez le droit de modifier le code civil. Certes, le pays aura changé, quelques dizaines de milliers de couple homos auront convolé en justes noces, mais ça n'aura pas changé la face du monde.

Enfin voilà, quoi : laissez les enfants se construire en s'opposant. Cultivez l'opposition constructive.