lundi 6 février 2012

Biloute Guéant

Cher Claude Guéant

Mon âme de Ch'ti saigne. Oui, car toi, l'un des nôtres, né à Vimy, tu as osé pousser le bouchon au delà du raisonnable et avec lui, mémère dans les orties.

Tu sais bien que sur nos terres septentrionales, entre les Polaques, les Portos, les Arabes et les Ritals, au fond des puits de mine, au pied du mur de nos corons, autour d'une pizza ou d'un méchoui, nous n'avons jamais cherché à savoir laquelle de nos civilisations métissées était meilleure que l'autre.

Car, chacun s'émancipant de la place attribuée à la première génération, les suivantes ont poussé les murs et les frontières pour, au final, n'en former qu'une seule, humaine, fraternelle.

Je suis très déçu que tu puisses faire de ce passé table rase et oublier la richesse de ce terreau des terrils qui t'a fait grandir.

C'est la raison pour laquelle je t'écris cette deuxième lettre, la première étant d'ailleurs restée sans réponse.

Je me permets aussi de te tutoyer, car ça n'est pas au ministre que je m'adresse, mais au compatriote de cette civilisation improbable où des patrons souvent belges eurent l'idée de mêler des peuples venus des quatre coins du monde pour chauffer le cul de la France, fondre l'acier, filer du textile et coudre des vêtements. C'est à toi que je parle, biloute.