vendredi 3 février 2012

Les arènes

Imaginez un monde où vous seriez obligés par la loi de porter un badge avec vos noms, prénoms et adresse. Un monde où le défaut de port de cet insigne serait tellement sévèrement puni que certains en viendraient même à se tatouer ces informations personnelles sur le front. Impensable ?

Le monde dans lequel nous vivons est différent. Seules les forces de l'ordre ont le droit de vous demander de décliner votre identité et les papiers qui vont avec, parce qu'elles sont détentrices, par une délégation à laquelle nous consentons à chaque élection, d'une partie du monopole étatique de l'exercice légitime de la violence physique.

C'est une prérogative de puissance publique, constitutive de notre état de droit. Or, ce même état de droit est légitimé par le suffrage universel, qui envoie indirectement des citoyens au Sénat et d'autres, directement, à l'Assemblée nationale. Sans oublier le chef, élu au suffrage universel direct pour garantir le bon fonctionnement de l'ensemble.

Il se trouve que pour pouvoir prétendre à l'exercice de cette dernière fonction suprême, cette clé de voûte de l'édifice, les pères fondateurs de la constitution ont eu la sage idée de soumettre le candidat à l'entrée dans la course électorale présidentielle à un préalable : obtenir auprès des quelque 36.000 maires de France l'aval de 500 d'entre eux.

Mission impossible, crie donc Marine aujourd'hui comme son père hier. C'est une habitude dans la famille Le Pen. D'où cette idée de génie : l’anonymat des parrainages d’un candidat à l’élection présidentielle, qui ratisse large.

Là, j'ai vu rouge. D'où ce billet pour expliquer mon point de vue et le raccourci de la formule. Oui, le citoyen lambda a le droit de rester un anonyme, sur la place publique virtuelle ou réelle. Laissons aux forces de l'ordre le soin de vérifier son identité, pourvu que ces contrôles soient opérés dans les règles, ce qui n'est d'ailleurs pas toujours le cas. Non, les élus, petits ou grands, ne peuvent pas se planquer derrière un bulletin secret pour assumer leurs responsabilités.

Dans la vraie vie politique comme sur le Net, les choses sont assez binaires : on ne peut pas être à la fois spectateur dans les gradins et acteur dans l'amphithéâtre. Chacun doit assumer sa place dans les arènes.