lundi 26 septembre 2011

Mathématique

Voilà donc un basculement historique. Le Sénat à gauche. Tout a été dit, écrit, commenté sur cette première sous la Ve République qui n'est en fait pas une surprise. Les projections les plus sages annonçaient cette révolution "mécanique" en 2014. D'où les réactions, à droite :

Une déception mais pas une surprise (...) C'est mathématique...

Il faut toujours se méfier de l'argument "mathématique". S'il est incontestable que la sociologie électorale est capable de dégager, à partir de résultats et de tendances recueillis sur la durée, des projections fiables, il n'en reste pas moins que la réalité d'une élection repose sur son corps électoral, fait de chair, d'os, et dont les humeurs font parfois tomber les déterminismes les mieux assis.

D'où la précipitation en 2011 de la bascule du Sénat annoncée en 2014. Qu'est-ce qui a fait mentir les chiffres ? La réalité humaine, les conditions matérielles d'existence de ces élus locaux dont j'avais dit, voici un peu plus de dix ans, dans une enquête qui n'était pas restée lettre morte qu'ils allaient mal. Permettez-moi de me citer :

Toutes les réformes institutionnelles des collectivités territoriales ces dernières décennies ont fait en sorte de rendre les maires inutiles, caduques, désuets. Tout a été joué par nos gouvernants comme si la France des villages était condamnée. Alors messieurs qui détenez le pouvoir, messieurs les députés, sénateurs et autres maires de France qui ont réussi en politique, si vraiment cette France-là est condamnée, dites-le nous franchement, qu’on prépare dès à présent ses funérailles et qu’on organise la succession. Car il faut voir de quoi le demain politique sera fait.

Non seulement en dix ans aucune réponse claire n'a été apportée à cette question, mais de transferts de charges en réforme des collectivités locales, de baisse des dotations de l'État en hésitations des banques à leur prêter de quoi lancer des projets, les lendemains ont déchanté.

Bref, les grands électeurs de dimanche se sont transformés en tout petits élus, à peine plus grands que leurs concitoyens. Un rapetissement que les mathématiques n'expliquent pas.

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