samedi 8 octobre 2011

Permanence

Je suis un grand naïf. Vingt ans de journalisme. J'ai la chance d'avoir pu l'exercer aussi bien en région qu'au national. Au ras des pâquerettes et dans les hautes sphères. Croiser les vues donne de la dimension.

La grande idée de la Démocratie que je me fais depuis longtemps, j'ai pu ainsi la confronter au réel et au virtuel.

Ce qui m'a toujours poussé, c'est la notion de fidélité au mandat, cette capacité des élus à rester attachés à leurs électeurs ; leur aptitude à vérifier qu'ils ne s'écartent pas de la mission que ces derniers leur confient.

J'ai vu sur chacun des territoires où j'ai travaillé fonctionner les permanences des élus, les tournées de marchés, les passages aux dîners de vieux et dans les assoces de jeunes. J'en ai couvert, des conseils de quartiers et des rendez-vous participatifs.

J'ai toujours été impressionné par les moyens que les élus consacrent à ces rendez-vous IRL : des locaux, du personnel salarié, des heures précieuses de leur temps. J'ai cru que cet effort, ces femmes et ces hommes qui nous gouvernent seraient capables de le transposer URL. Grand naïf, je suis même convaincu que c'est en le faisant qu'ils peuvent la rajeunir, cette Démocratie vieillissante.

Alors j'ai regardé comment ils se comportent ici, ces représentants du peuple. En bientôt trois ans sur Twitter, j'ai reçu moins d'une dizaine de réponses à une centaine de questions d'intérêt général (oui, j'ai tenu la comptabilité) posées aux politiques. Et je dois préciser que ce sont la plupart du temps des assistants - que je salue pour leur dévouement - qui ont pris la plume.

Pourquoi ce mépris de l'URL ? Parce qu'IRL, quand un concitoyen rencontre son élu lors d'une de ses permanences, il peut en naître une relation redevable susceptible de produire des dividendes électoraux. En face, la reply à un tweet, ça vaut peanut. A moins qu'il ne s'agisse de converser avec un blogueur influent ou une pointure de la presse nationale pour s'assurer un peu de notoriété.

Je crains autant la permanence des élus que celle de leurs mauvaises habitudes.