mardi 1 mars 2011

Vimy-Neuilly

Nicolas est fort en politique, mais nul en technocratie. Claude, c'est le contraire. Comme les deux faces de Janus. Jusqu'alors en politique il fallait savoir marier les deux dans un même être pour avancer. Mais là : ce sont deux êtres qui se complémentent pour arriver à l'unisson.

L'un s'ouvre trop, l'autre se ferme tout le temps. Le premier sait parfaitement trouver les mots pour faire faire. Le second préfère agir en silence. Ils ont dix ans d'écart. Claude a grandi en bas. Nicolas s'est élevé en haut. La distance qui sépare Vimy et Neully est incommensurable, longue comme la route entre le fond du puits de mine et les appartements du patron des houillères.

Rien de commun, si ce n'est soudain la peur qui s'installe. Un jour, le gamin de Vimy voit s'effondrer les industries qui ont rendu l'Artois de son enfance prospère. La révolution industrielle est ruinée par la mondialisation. Le reste du monde est devenu brutal. Il faut s'en méfier.

Et à Neuilly, quand on fait carrière, qu'est-ce qui peut bien vous effrayer ? Une bombe humaine. En mai 1993, la prise d’otages dans une école maternelle scelle des destins politiques. Nicolas, Claude et quelques autres. On savait le reste du monde dangereux. Voilà que la menace s'est installée à l'intérieur aussi. La peur soude. Elle transcende les différences. Elle galvanise les troupes dans la lutte pour survivre.

Sarkozy est probablement le fils dont Guéant a rêvé. Nicolas n'avouera jamais qu'il préfère les desseins de Claude aux oeuvres de Pal. Mais ne cherchez dans cette paire ni père ni pair. Juste deux hommes rassemblés par cette angoisse partagée : dans les corons de Vimy ou les beaux quartiers de Neuilly, ce qu'on ne défend pas, on le perd.