vendredi 8 avril 2011

Banalisation

La banalisation du Front national, c'était trop banal. Pour le ban et l'arrière-ban, la cause est entendue : les Français sont comme ça, ils ont les élus qu'ils méritent, ces derniers ne faisant jamais que représenter les premiers, qui s'exaspèrent au point de glisser de sales bulletins dans les urnes de la Démocratie.

Non, le vrai truc nouveau dans la banalité du FN, c'est sa présence au premier tour de l'élection présidentielle. Tellement de sondages ces dernières semaines nous ont montré que dans quasiment tous les cas de figure, la fille Le Pen sera qualifiée pour le second qu'on a probablement fini par en accepter l'idée.

De ce fait, nous sommes passés dans un nouveau type de scrutin. Imaginons que tous les candidats aient aussi banalisé dans leurs stratégies cette présence du FN qui implique - c'est un postulat - que le candidat de l'extrême soit sacrifié au second tour sur l'autel d'un front républicain qui, bien qu'ébréché, n'en reste pas moins solide.

Alors on se retrouve avec un scrutin à un seul tour : le candidat - "républicain" - arrivé en tête du premier devient une sorte de preux chevalier choisi par les gueux pour affronter - dans un combat réputé victorieux avant son issue - la vilaine bête brune au second et enfiler l'habit du roi.

Dès lors s'ouvre la liberté d'une multiplicité de candidats, de formations, de clans et de partis de conquête de ce seul premier tour, le second étant présupposé gagné d'avance.

Et si la vilaine bête brune était capable, dans une telle configuration, d'emporter la victoire au second tour ? Et si les brèches de ce autel du front républicain masquaient sa ruine ? Autant de questions qui ne se banalisent pas.