mardi 12 octobre 2010

Les lendemains qui déchantent

Voilà. Faut que j'explique un truc que les vieux connaissent, mais que les plus jeunes d'entre-vous ignorent peut-être

Alors. Bon. Par où commencer ? Oui : je suis né dans les années 60 dans le Nord. L'acier, le charbon, le textile

J'ai grandi sur cette terre où, le 30 avril 1891, des soldats ont testé le fusil Lebel sur des guesdistes qui préparaient le 1er mai

J'ai pas mal vu, vécu, subi, suivi, agité, couvert et même déclenché - ça m'est arrivé une fois - de conflits sociaux, de grèves générales

J'en ai tiré une certaine expérience et des leçons. En l'occurrence, j'ai découvert la dialectique de la patronne et du patron

Le patron, c'est celui contre lequel on se bat. Acception large : l'économie mondialisée, le pouvoir, ce qui nous gouverne et nous dépasse

La patronne - héritage de mes terres prolétariennes - est l'épouse qui gère le budget. Acception contemporaine : le solde du compte en banque

Quand l'ouvrier rentrait d'une nouvelle journée de grève contre son patron s'ouvrait un nouveau conflit avec sa patronne

Genre : "C'est bien beau tes histoires de revendications et de défense des droits acquis, mais faut faire bouillir la marmite"

Rien n'a vraiment changé. Une grève ne dure que tant que les grévistes ont les moyens de faire grève

Beaucoup auront le courage de se mettre en danger, de convaincre leur patronne et leurs enfants de les suivre dans le sacrifice de la lutte

Les plus déterminés iront jusqu'à bouffer du rat crevé pour emporter la victoire, parce qu'ils croient qu'elle porte des jours meilleurs

Et comme toujours, ces héros de l'ombre disparaîtront dans l'oubli. Leurs efforts profiteront à une élite à l'abri du besoin

Mais si encore une fois ceux qui ont choisi de ne pas rebrousser chemin doivent être perdus en route, on aura atteint le point de non-retour

La veille d'une bataille, faut penser aux lendemains qui déchantent

Twitstory du 12 octobre 2010 sur la TL de @christreporter