samedi 17 juillet 2010

Si un jour

C'était il y a dix ans. Un homme, laminé par un second cancer, avait jeté l’éponge face à la maladie.

Il avait fini par rejoindre une unité de soins palliatifs, pour y attendre la mort le moins douloureusement possible.

Au bout de quinze jours, il ne savait plus bouger, et l’on percevait à peine le sifflement de sa respiration.

A peine ouvrait-il les yeux, trois ou quatre fois par jour, pour laisser échapper un regard dépourvu d’espoir, plein de douleur.

Le médecin avait alors rassemblé sa femme et ses enfants qui lui demandaient combien de temps le calvaire de cet homme pouvait encore durer.

" Un jour, une semaine, c’est impossible de le dire, répondit-elle. Tout ce qui est certain, c’est qu’il souffre énormément."

"Comme tout le monde, il a peur de mourir, et d’une certaine façon, cette peur le maintient en vie."

"Je peux, si vous le souhaitez, atténuer la douleur, mais cela risque aussi de lui enlever cette peur de mourir."

"Dissiper ses angoisses peut aussi précipiter son décès."

J'ai donné mon accord pour l’injection. C’était en fin d’après-midi.

Les traits de son visage se sont enfin détendus. Il a pu enfin passer une soirée paisible.

La dernière ; au petit matin, son cœur avait cessé de battre.

Cet homme était mon père. Si un jour je dois finir comme lui, je souhaite que les miens s'en souviennent.

En hommage à Bernard Giraudeau

Twitstory du 17 juillet 2010 entre 23 h 15 et 23 h 30 sur la TL de @christreporter