jeudi 16 juin 2011

Notable

L'histoire de Louis van Proosdij n'en finit pas de soulever des questions. Elle m'a ému, interpellé et je m'en suis préoccupé parce qu'elle m'a, comme d'autres, renvoyé vers ces vieux doutes qui me travaillent depuis longtemps sur notre capacité - journalistes, blogueurs ou "simples" citoyens internautes - à dénoncer les injustices et oeuvrer pour qu'elles cessent.

En redéroulant la chronologie de cette soirée du mardi 14 juin 2011 où tout s'est noué, enchevêtré, pour faire naître un buzz exemplaire, je me me suis rendu compte que le premier cercle de diffusion de l'information était constitué de notables du Web : influents et tontons blogueurs.

Et c'est bien normal : tous connaissent Louis grâce aux heures et aux années qu'il a consacré - sacrifié parfois - à Internet.

Reste que ça m'a renvoyé à cette vieille impression selon laquelle, dans cet univers 2.0, nous n'avons pas vraiment changé les schémas féodaux : selon que vous serez cyberpuissant ou webmisérable...

Sauf que voilà : Louis, dès les premières lignes de son billet, a transcendé la douleur et l'humiliation de sa condition pour voir plus loin que son cas : "C'est en décrivant l'épreuve, en faisant fi de ma pudeur et de ma grande discrétion que j'ai une chance d'être entendu, et éventuellement que ça serve à d'autres".

C'est un message que les milliers d'anonymes qui ont pris fait et cause pour Louis ont reçu fort et clair, comme la preuve que tout n'est pas foutu, qu'on peut encore croire qu'une heureuse main du destin peut surgir pour vous sortir de la merde, quand bien même vous n'avez aucune relation.

Certes, c'est une nouvelle forme d'arbitraire, car on ne saura jamais si les notables du Web s'imposent en leur âme et conscience de ne soutenir que des causes universelles, et pas des cas individuels. Mais Louis a montré la voie, et ça, dans l'évolution des relations de pouvoir au sein de notre société numérique, c'est un fait notable.